Mensonges et hypocrisies

Lss KarEcritures sont des caricatures écrites. C'est donc au lecteur d'imaginer le dessin à partir du texte qu'il a devant lui

Mensonges et hypocrisies

Messagepar nayli » 13 Oct 2007, 06:07

Mensonges et hypocrisies

par Ahmed Saïfi Benziane
(Le Quotidien d'Oran)

« Quand le savant montre la lune, l'idiot regarde le doigt » dit un proverbe chinois. Pour commencer, une petite histoire racontée par des jeunes. « Un jeune Oranais court à travers les rues du centre-ville semé d'ordures aux odeurs répugnantes et aux murs tristement pitoyables, un drapeau espagnol dans la main droite, le bras levé, un sourire au coin de ses lèvres quelques larmes traversant ses joues. Déconcerté par ce geste a priori inexplicable, un monsieur d'un certain âge, d'un âge ancien l'interpelle et lui demande le sens de son geste qu'il trouve obscène et insultant pour le nationalisme local. Il lui suggère alors de faire la même chose avec le drapeau national et lui rappelle que notre drapeau couleur paradis a coûté la vie à un million et demi de martyrs. Le jeune, trouvant l'explication logique annonce au monsieur que des milliers de harraga sont aussi morts pour le drapeau espagnol et c'est ce qui explique sa course folle à la mémoire de ses amis partis sans retour, soit avalés par les vagues, soit arrivés à bon port. Lui, a pu être retrouvé par les gardes-côtes ». Le sens du martyr a de toute évidence, changé avec le sens des guerres. Celle que mènent les jeunes d'aujourd'hui ne porte pas encore de nom, ne concerne pas de terre promise, ni de lots de terrain, se passe en haute mer, rapporte mieux quand on la gagne, n'utilise que le corps et un peu de dattes pour seuls bagages et les ennemis sont d'abord ceux qu'ils pensaient être leurs propres frères. La fraternité a d'ailleurs changé de sens. L'adversité aussi. Restent les nationalismes qui n'ont plus de sens en dehors des stades de football. Et encore ! Restent ceux qui croient que le nationalisme se limite à un drapeau, un oued et des histoires à dormir debout que des jeunes ne croient plus parce qu'ils n'arrivent plus à comprendre que de telles histoires héroïquement racontées et moins héroïquement vécues aient pu se terminer par un cauchemar. Le leur. Le leurre. Restent ceux qui disent que la gloire est une question d'honneur, que la souveraineté est une raison de vivre, et qui font le contraire parce qu'ils sont les plus forts pour le moment. Ils font en sorte que l'école ressemble à une maison de redressement, que le collège ressemble à un brevet sans enseignement général, qu'un lycée ressemble au quartier des condamnés à mort, et que l'Université ne ressemble à rien. Et que la vie se résume à un mur des lamentations sans message à remettre à Dieu. Ils font en sorte que nous ayons la plus grande mosquée du monde arabe, la plus longue autoroute, le plus grand hôpital, les plus grands ports et aéroports mais aussi le plus grand nombre de Chinois, le plus grand nombre d'absentéistes aux élections, le plus grand nombre de désespérés. Ils font en sorte de cracher sur le colonialisme et les lois qui le rendent positif, mais savent la mettre en sourdine dès que le colonialisme parle de procès Khalifa ou de l'affaire du métro Saint-Michel. Savent lui promettre de faire la guerre aux harraga et aux kamikazes par raccourci, comme si les deux situations ne faisaient qu'une. Savent comment faire insulter le colonialisme par un Président malade et l'évacuer quelques jours plus tard dans les hôpitaux coloniaux pour le soigner parce que nous n'avons que des médecins et pas de médecine. Savent comment faire poser une première pierre d'un ouvrage à un Président soigné et le faire hurler devant les caméras en découvrant la plaque inaugurale. Savent dépenser des budgets énormes dans des stupidités par le hasard des hydrocarbures, et faire la fine bouche pour augmenter les salaires et remettre de l'ordre dans la monnaie qui est aussi une question de souveraineté nationale puisque ayant coûté l'or de nos mères injecté dans « sandouk ettadhamoun » au lendemain de la guerre de sept ans. Pendant ce temps, toutes les hypocrisies à propos du colonialisme sont autorisées. La première est celle qui consiste à envoyer la progéniture des gouvernants faire des études chez eux en puisant dans la cagnotte des bourses, alors que notre enseignement supérieur se vide grâce à l'immigration choisie. La deuxième consiste à consommer colon en habillement, en denrées alimentaires, en voitures, en bijoux, en ameublement, en décoration, en logiciels, en téléphonie, en culture, alors que nos usines ne trouvent même pas preneurs pour une bouchée de pain et qu'une stratégie de relance pose le préalable du foncier industriel en voie d'être bradé. La troisième consiste à encourager l'importation de produits finis au détriment de la production renforçant la valeur ajoutée chez le colon, augmentant le chômage chez nous et l'on s'enorgueillit du recul de la démographie, omettant que les mariages coûtent une vie d'épargne aux parents et que les jeunes pauvres plongent dans une misère affective et sexuelle sans pareil ou terminent leurs vies, gardant des véhicules, une matraque sous le bras. La quatrième consiste à singer le colon en autorisant le multipartisme et confisquer les urnes pour qu'aucune compétence politique n'émerge, qu'aucune contestation ne devienne plus possible dans les antres du parlement. Pour qu'au sein du parlement l'on apprenne à pleurer à chaudes larmes en pleine chaleur, au lieu de démissionner et de faire entendre sa voix à l'opinion publique surtout lorsqu'on n'a à perdre que sa voix et quelques petits intérêts. La cinquième consiste à faire croire en la promotion des langues nationales pour contrecarrer la langue du colon et tout faire pour les conserver à l'état d'infantilisme, tout juste bonne à mendier quelques libertés par-ci par-là. La sixième hypocrisie consiste à montrer au colon que nous savons parler sa langue lors de rencontres officielles y compris avec des slaves, alors que notre inconscient nous rappelle sans cesse que seule la langue maternelle sait expliquer nos douleurs. D'autres hypocrisies ont fait que notre jeunesse ne se sentant concernée par aucun passé cherche à fuir le cauchemar des incertitudes et continuera à brandir les drapeaux des autres parce qu'elle en paie le prix. Parce que le drapeau couleur paradis ne sert plus qu'à flotter sur des bâtiments administratifs rongés par la corruption et le mépris qui consistent à nous faire payer jusqu'à notre extrait de naissance. Jusqu'à notre naissance. Le colon quant à lui, nous gère par les chaînes devant ses représentations diplomatiques et par le suicide des jeunes en haute mer, qui savent ce qu'ils ne veulent pas sans vraiment savoir ce qu'ils veulent. Et au lieu d'apprendre des Chinois comment regarder la lune, nous nous satisfaisons à regarder leurs mains travailler par idiotie collective.
Avatar de l’utilisateur
nayli
 
Messages: 273
Inscription: 15 Fév 2007, 12:27
Localisation: Chez moi

Retourner vers KarEcritures



Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum: Aucun utilisateur enregistré et 0 invités

cron