Moh Samraoui, l’ex-officier qui fait toujours peur ?

Faites nous juste l'économie des longs débats

Moh Samraoui, l’ex-officier qui fait toujours peur ?

Messagepar temoindz » 03 Sep 2008, 18:02

Mohammed Samraoui, l’ex-officier qui fait toujours peur à Alger

Ex-pilier de l'armée algérienne, réfugié politique en Allemagne depuis 1996 et auteur en 2003 d'une Chronique des années de sang, Mohammed Samraoui demeure l'un des seuls témoins de l'infiltration des groupes terroristes par l'armée durant les années 1990.



Mohammed Samraoui : "Chronique d’un repenti, fonctionnaire du crime"

Mohammed Samraoui, né en 1953, est engagé dans l’armée algérienne depuis 1974 et "a choisi" [1] le corps de l’innommable Sécurité militaire. Il témoigne aujourd’hui à la barre des repentis du crime d’Etat et publie aux éditions Denoël "Chronique des années de sang".

La lecture de son témoignage appelle trois commentaires qui relèvent successivement, de la nature ambiguë du regard qu’il porte à sa carrière, de l’analyse des faits révélés et de la valeur du témoignage quant à son exploitation.
Une repentance inexprimée.

Comme tous les repentis qui ont fait carrière dans l’organisation du crime d’Etat et de l’abjection, Mohammed Samraoui se présente à nous avec les arguments traditionnels d’ouverture :

"Je me suis engagé dans l’Armée populaire algérienne en juillet 1974. […] Depuis 1992, bien que mon esprit ait à plusieurs reprises été traversé de doutes, je croyais participer au sauvetage de l’Algérie. Mais en 1995, j’ai été confronté à des preuves irréfutables de la machination contre le peuple. J’ai alors pris la décision, en mon âme et conscience, de rompre définitivement avec ce système…"


Il faut dire que Mohammed Samraoui en a mis du temps à s’apercevoir de ce que tous les algériens ont su depuis bien avant son entrée dans l’Armée pour servir les intérêts de son peuple comme il se plait à le dire avec insistance.

Il est bien connu que l’on s’engageait en 1974 dans l’armée, au paroxysme du règne du Colonel Boumédiene, pour y accomplir un sacerdoce militant, pour y mener une vie humble de fonctionnaire au service des citoyens et pour y sacrifier son âme et sa vie pour la défense de leur liberté. Cela a du nous échapper à cette époque et Mohammed Samraoui fait bien de nous rappeler qu’il en était ainsi pour certains, c’est-à-dire pour lui-même. Nous n’avons pas du les voir ou su les entendre ces bonnes âmes de la Sécurité militaire, ces cœurs purs. Il faut avouer, à notre décharge, qu’ils ont été extrêmement discrets dans le concert de tueries, de corruption et de terreur.
Mohammed Samraoui n’entendait pas servir son peuple dans l’ombre, il avait l’ambition de le servir dans ce qu’il y a de plus prestigieux, de plus utile et efficient, la Sécurité militaire. Comme chacun le sait, seuls ceux qui font preuve de zèle dans le dévouement au peuple peuvent prétendre y accéder.
Il témoigne aujourd’hui devant les victimes, devant l’histoire et devant sa conscience tardive avec un ton qui nous ferait presque croire à l’héroïque parcours d’un homme intègre, d’un homme trompé : "Par devoir de vérité envers la mémoire de toutes les victimes de cette guerre absurde, j’ai décidé de dénoncer dans ce livre les véritables auteurs du drame vécu par mon pays. Une sale guerre conduite par des généraux incompétents et assoiffés de pouvoir, qui fuient le devant de la scène pour masquer leur médiocrité et mieux ériger leur pouvoir sur les cadavres de leurs compatriotes".
Nous noterons ici combien il est douloureux dans le témoignage du repenti de reconnaître que les crimes d’Etat ne sont possibles que si des milliers de serviteurs zélés y participent avec une compétence et une constance étonnante comme l’affirmait Hanna Arentz, sociologue, à propos du nazisme. Chacun participant à une tâche morcelée ne pense pas être responsable d’un tout voué à la barbarie d’Etat. Mohammed Samraoui, comme tous les repentis du crime d’Etat, ne fera pas le saut de la reconnaissance criminelle de son acte et s’en déchargera sur ses supérieurs comme dans le procès de Nuremberg. C’est oublier trop facilement le grade de sa fonction et la responsabilité collective du corps auquel il appartenait.
Mohammed Samraoui est donc victime d’une machination qui a trompé sa naïve quête de participation au bien de ses concitoyens. A aucun moment sa repentance n’est pourtant exprimée clairement comme nous souhaiterions qu’elle fût en de pareilles circonstances : "J’ai voué ma carrière aux crimes les plus atroces, à la barbarie la plus abjecte et je viens aujourd’hui supplier l’humanité de m’en pardonner". Non, Mohammed Samraoui ne demande pas pardon, il explique froidement son erreur et sa crédulité comme s’il s’était agit d’un manque de vigilance sur le choix de ses fréquentations.
L’aveu ainsi fait, sans demande de pardon, reste, pour utile qu’il soit comme nous l’affirmerons plus loin, d’une obscénité insultante [2].
La conclusion de l’auteur est une litanie autour d’un mot d’ordre : "Il est temps de dire halte aux crimes contre l’humanité perpétrés par ces hommes contre le peuple algérien […]. Il est temps de dire halte à l’impunité dont jouit cette poignée de criminels qui disposent de l’Algérie et de ses richesses comme d’un bien personnel qu’ils se partagent, alors que le peuple vit dans une misère indescriptible […]. Il est temps de dire halte à ces généraux manipulateurs qui disposent à leur guise des institutions de la République pour les travestir […]…"
Nous aurions aimé qu’il nous dise tout simplement "pardon pour mon crime, moi qui ait été un officier supérieur, conscient de mes actes et responsable jusqu’à 1992, date de mon réveil, quarante ans après que le dernier des crétins en Algérie s’était déjà aperçu de la supercherie".
L’autopsie d’un "sal métier".
L’émoi qu’a suscité la sortie du livre s’explique par l’incroyable succession de révélations et de détails qui nous permettent de mieux comprendre l’une des organisations du crime les plus féroces. Avant d’en rappeler l’essentiel il est nécessaire de proclamer que Mohammed Samraoui ne nous apprend rien quant au fond de la terreur engendrée par la Sécurité militaire dont il a fait son métier. Il témoigne, un point c’est tout.
D’autre part, la précision du témoignage et la quantité invraisemblable de révélations prouvent l’implication directe du témoin ou tout au moins sa responsabilité au plus haut niveau. Mohammed Samraoui ne peut en même temps arguer de l’authenticité des faits et de son niveau d’exécutant, niveau qui ne saurait être détenteur d’informations si sensibles et précises.
Les révélations débutent avec une rencontre qui fera basculer le comportement de Mohammed Samraoui, de fonctionnaire du crime à celui de combattant des droits de l’homme, au pourfendeur des régimes assassins. En septembre 1995, il rencontre à Bonn le général Smail Lamari, dit "Smain", numéro 2 des services secrets algériens, la "fameuse Sécurité militaire, la SM" [3]. A ses côtés, le colonel Rachid Laali, dit "Attafi" et le colonel Ali Benguedda, dit "Petit Smain". Deux officiers qui sont décrits comme les plus dévoués au général Smain. [4]
"Il faut clouer le bec à ces salauds qui mettent l’Algérie à feu et à sang, et nous empêchent d’obtenir un soutien international. Le spectre de l’intégrisme et d’une république islamique en Algérie qui déstabiliserait le Maghreb et l’Occident ne semble pas convaincre nos partenaires européens. Il faut un événement fort pour secouer leur conscience, comme ce fut le cas avec les français". Ces personnages lui demandent donc tout simplement d’organiser l’assassinat de Rabah Kebir et Abdelkader Sahraoui.
Trop c’est trop et le voilà qui témoigne aujourd’hui dans une boulimie de révélations dont les principales sont :
• L’arrêt du "processus électoral" en 1991 qui fut bien un coup d’état organisé par les services de la sécurité militaire.
• L’assassinat de Mohammed Boudiaf ne fut ni plus ni moins de sa responsabilité.
• La création du GIA aurait été organisée pendant l’été 1991, en présence de Mohammed Samraoui par le commandant Guettouchi Amar (et qui fut tué dans une opération anti-terroriste à Telemly).
Près de trois cent pages suffisent à peine à relater les missions spéciales, les assassinats, les complots et les manipulations dont le peuple algérien avait la certitude. Je renvoie le lecteur au texte pour les précisions qui n’ont d’autre intérêt que celui de produire le fondement du témoignage. En fait le lecteur n’apprendra rien quant à l’essentiel mais sera convié à une visite guidée "portes ouvertes" dans le mécanisme intime d’une machine à produire la terreur.

L’utilité de l’aveu.
Mohammed Samraoui nous dit sa vérité. Nous en prenons acte et l’écoutons avec intérêt car son témoignage est utile pour les raisons que chacun sait.
Utile tout d’abord parce qu’il permet à l’opinion internationale de se convaincre de ce qu’elle refusait d’imaginer (ou ne voulait pas entendre). Le témoignage d’un protagoniste du pouvoir sanglant algérien est autrement plus lourd que les milliers de voix d’opposants qui n’ont pu convaincre (car leur vérité n’arrangeait pas).
Utile car le droit nécessite la production de preuves et de témoignages circonstanciés. La justice ne peut se baser sur une accusation collective sans matérialité. Nous sommes des démocrates et nous nous devons de respecter les procédures, y compris pour les criminels.
Utile car l’histoire, comme la justice, doivent connaître avec précision les niveaux de responsabilité et le degré d’implication de chacun. L’histoire ne retiendra sans doute que les noms des plus hauts responsables, si ce n’est celui d’un seul. Mohammed Samraoui s’en sort bien de ce côté puisque l’histoire lui offrira à terme l’anonymat.
Mohammed Samraoui aura sans doute le bénéfice de son témoignage comme circonstance atténuante. Il n’en demeure pas moins qu’il n’effacera jamais le crime qu’il a commis en servant une organisation du crime et de la corruption.
Pour ma part, j’ai lu son témoignage avec intérêt et distance. Pour le reste, les démocrates diront qu’il appartient à la justice des hommes de se prononcer. Pour les croyants, à celle de Dieu. Je laisse Mohammed Samraoui se dépêtrer avec sa conscience qui, comme l’œil de Caien, ne le laissera probablement pas en paix. Il ne pourra en tout cas pas éviter sa complainte tant elle est composée de cris d’enfants qu’on égorge, de jeunes gens qui pleurent leurs papas disparus, de cris déchirants de mères et d’épouses. Sans compter le drame de mes compatriotes berbérophones ainsi que celui de tous les algériens qui en sont venus à s’entredéchirer par la faute d’un métier que Mohammed Samraoui a exécuté avec zèle et brio jusqu’à en devenir un officier émérite.
Je garderais, après cet article, le silence du mépris pour l’auteur et le silence de l’hommage respectueux aux victimes de ces bourreaux qui ont aujourd’hui l’éloquence et le verbe facile.
(*) Enseignant. Membre de l’opposition algérienne.
Notes
[1] Il y a d’ailleurs dans l’ouvrage de Mohammed Samraoui une contradiction, souvent énoncée ou sous-entendue, entre "j’ai choisi" et "j’ai été affecté à ce service".
[2] L’obscénité dans cette histoire ne relève pas seulement du manque de repentance dans le témoignage de l’auteur mais aussi de l’attitude ostentatoire des polémiques entre des personnes dont nous aurions préférés qu’elles se taisent tant leur passé est suspect. C’est ainsi que nous pouvons lire sur le site agirpourlalgerie.com l’une des polémiques qui étale sans pudeur un débat houleux entre Hichem Aboud et Mohammed Samraoui.
[3] On note avec humour, ou colère, combien Mohammed Samraoui est conscient de la réputation de son métier et le qualifie de l’expression populaire courante. Le descriptif semble être détaché comme s’il n’avait jamais participé à cette diabolique organisation ou en était prisonnier contre son gré.
[4] C’est souvent que le tragique est associé à l’humour. Ces surnoms haut en couleurs sont aussi grossiers et risibles que les membres de la pègre à Pigalle dans un mauvais scénario à la Audiard. Ils sont aussi grossiers et bêtes que leur surnom, mais tellement dangereux !


Les révélations du colonel Mohamed Samraoui de la DRS à Al Jazeera
L'autre version de la " république "
Nasreddine Yacine, algeria-watch, 6 août 2001
Que va-t-on trouver au colonel Mohamed Samraoui dit Habib pour le descendre en flamme ?
La presse algérienne n'a pas encore été briefée pour fournir des " éléments " biographiques sur cet ex-officier supérieur des services spéciaux algériens (DRS).
Dans quelques jours probablement,
Les Salima Tlemçani, Mounir Boudjemaâ, Nacer Belhadjoudja, N. Sebti..
et autres Anis Rahmani, honorables correspondants du colonel hadj Zoubir (chargé de l'information à la DRS), vont " sévir " à coup d'" infos " pour tenter de discréditer l'auteur des témoignages accablants sur la guerre qui a lieu en Algérie depuis 1992.
L'émission Bila Houdoud de la chaîne de télévision satellite Aljazeera, diffusée mercredi dernier en début de soirée, n'est pas passée inaperçue. Ils étaient certainement des millions d'algériens à l'avoir suivie. Le lendemain, elle était le sujet de discussion numéro un dans les cafés et dans les longues chaînes interminables pour l'acquisition du fameux formulaire de demande de logement locatif.
C'est que les révélations de ce colonel de la DRS ont de quoi choquer les " âmes sensibles " " foncièrement républicaines ". Mohamed Samraoui se dit prêt à témoigner devant le tribunal pénal international (TPI) et ramener les preuves de ce qu'il avance. En attendant cet heureux événement, ici les principaux extraits de l'intervention du colonel Mohamed Samraoui :
L'arrêt du processus électoral et la répression du FIS
" Le 29 décembre 1991, je m'étais rendu à Blida pour rencontrer le colonel Abdelmalek Bendjedid (frère du président Chadli Bendjedid) pour lui faire part des rumeurs et des bruits qui circulent à propos de l'imminence d'un coup d'Etat contre le président. Abdelmalek me fait part à son tour, en me demandant de garder cela pour moi tout seul, des décisions qui allaient être prises par Chadli en l'occurrence le limogeage des généraux Toufik (patron de la DRS) et de Khaled Nezzar (ministre de la Défense) et leur remplacement respectivement par le général Kamel Lahrache et Dib Makhlouf ".
" Larbi Belkheir est derrière l'idée des camps du Sud, de la dissolution du FIS et l'assassinat de Boudiaf ".
" Après les résultats du premier tour des élections législatives, nous avons rencontré plusieurs chefs de partis politiques, dont des petits partis que je ne citerai pas, pour connaître leur avis sur la situation ".
" Mahfoud Nahnah, que j'ai rencontré le 27 décembre en compagnie du commandant Guettouchi Amar, a exprimé son refus des résultats et était favorable à l'arrêt du processus électoral ".
" D'autres contacts ont été entrepris avec la société civile dont Benhamouda de l'UGTA pour connaître leurs avis sur cette nouvelle situation et leur demander de bouger en faveur de l'annulation des résultats des élections ".
" Nous, les officiers, étions également favorables pour l'arrêt du processus électoral. Et pour cause, les hauts responsables de l'armée (généraux) nous ont dressé un tableau noir du FIS en prédisant des lendemains apocalyptiques en cas de l'accession de ce dernier au pouvoir. Ce n'est que plus tard que j'ai compris qu'ils avaient monté tout cela pour leur propre bien et non celui de l'Algérie, et de peur d'être jugés ".
" Le président Chadli Bendjedid a rencontré Abdelkader Hachani et lui a promis la poursuite du processus électoral. A la suite de cette rencontre, une conclave entre les généraux a eu lieu au commandement des forces terrestres à Aïn Naâdja. C'est là qu'a été décidé l'arrêt du processus électoral ".
" Le 1er janvier 1992, le général Smaïn (qui était colonel à l'époque) m'a chargé de contacter le général Mohamed Lamari. Contact pris, ce dernier m'ordonne de choisir 7 ou 8 de mes proches collaborateurs en qui j'ai totale confiance et de les ramener le 4 janvier pour "une opération secrète", me dit-il ".
" Le lundi 4 janvier, je suis arrivé avec les dossiers de tous les membres du FIS. La séance de travail était présidée par le général Aït Mesbah Sadek. Nous avions décidé d'arrêter les éléments dangereux du FIS (membres du Majlis Echoura, présidents d'APC, députés élus et les candidats au 2e tour). En tout 1100 personnes devaient être arrêtés à Alger. L'opération n'a pas eu lieu comme prévu. Un ordre d'annulation a été donné, tard dans la soirée, par le général Smaïn. Plus tard, le nombre des personnes à arrêter a été revu à la hausse. Il est passé à 12 500 entre militants et sympathisants du FIS sur le territoire national. Ils ont raflé à l'aveuglette pour radicaliser le mouvement et pousser à la haine de l'Etat ".
" Les camps du sud étaient programmés pour permettre aux gens de différentes régions de se connaître entre eux ".
" Entre temps, les généraux cherchaient une solution politique à la destitution de Chadli. Benhabylès, président du Conseil Constitutionnel, n'a pas voulu entrer dans la combine. Ils ont pensé à Ben Bella, mais ils ne l'ont pas contacté de peur qu'il ne se retourne contre eux. Aït Ahmed a été contacté, mais n'a pas accepté. En démocrate, il n'aurait jamais toléré d'être une marionnette entre les mains des militaires. Ils ont également pensé à Ahmed Taleb Ibrahimi, mais Sid-Ahmed Ghozali a refusé en le qualifiant d'"imam en cravate". C'est de Ali Haroun qu'est venue l'idée de contacter Mohamed Boudiaf ".
" Le 10 janvier 1992, le général Khaled Nezzar a proféré des menaces contre Chadli, lorsque celui-ci voulait revenir sur son engagement précédent de démissionner ".
" Au mois de mai 1992, au cours d'une réunion à Chateauneuf (poste de commandement de la police et caserne des forces spéciales d'Alger, dans laquelle des disparus sont morts sous la torture) à laquelle j'avais assisté en compagnie du capitaine Ahmed, les officiers de police Ouaddah et Tahar Kraâ, le général Smaïn avait déclaré devant d'autres témoins : "je suis prêt à sacrifier 3 millions d'algériens pour rétablir l'ordre ".
L'assassinat de Mohamed Boudiaf
" Les premiers litiges entre Boudiaf et les généraux étaient relatifs au Sahara Occidental, à l'affaire du général Belloucif, et au changement du chef du gouvernement. Boudiaf voulait limoger Sid-Ahmed Ghozali pour le remplacer par Amine Abderrahmane ou Saïd Sadi. Il voulait également déterrer l'affaire Belloucif, mais les généraux n'en voulaient pas de peur que le dossier ne remonte jusqu'à eux ".
" Informé d'une pseudo tentative d'insurrection, le 5 mars 1992, qu'aurait dirigé le capitaine Ahmed Chouchène, commandant des forces spéciales à l'académie de Cherchell, Boudiaf s'est étonné de voir que dans la liste qu'on lui présente le grade le plus élevé d'une telle opération est celui de capitaine. Il a donc ordonné le relèvement de ses fonctions et la mise aux arrêts du général Mohamed Lamari, et la nomination du général Khelifa Rahim à sa place. D'ailleurs, je défie quiconque de me montrer un document signé par Mohamed Lamari entre le 29 mars 1992 jusqu'à la mort de Boudiaf ".
" La grenade offensive dont se servit Boumaârafi lors de l'assassinat de Boudiaf était dans mon bureau. Elle y a été déposée après l'opération de Télemly dans laquelle sont morts le sous-lieutenant Tarek et le commandant Guettouchi Amar. Je ne l'ai plus revue depuis ".
" Boumaârafi est l'assassin de Boudiaf. Il a été ajouté à la liste des éléments du GIS partant pour Annaba par le général Smaïn Lamari après une entrevue des deux hommes dans le bureau de ce dernier. Smaïn a chargé le commandant Hamou de signer l'ordre de mission individuel de Boumaârafi ".
" Après l'assassinat de Boudiaf, Boumaârafi devait être abattu à son tour par deux de ses collègues. Doué d'une grande intelligence, il a sauté un mur de deux mètres et s'est livré à la police ".
" Le 29 juin 1992, juste après l'assassinat de Boudiaf, nous (responsables des services de sécurité de l'armée) eûmes une réunion avec Khaled Nezzar qui nous a déclaré d'emblée, sans qu'aucune enquête ne soit menée, que "le commandant Hamou est innocent". Il a ensuite réclamé le soutien des services de sécurité pour continuer sa mission ".
" Même condamné à mort, Boumaârafi ne sera pas exécuté ".
" Le 1er instigateur de l'assassinat de Boudiaf est le général Smaïn Lamari ".
La naissance du GIA
" J'ai assisté à la naissance du GIA. Il a été créé pendant l'été 1991 par le commandant Guettouchi Amar, mort au cours d'une opération anti-terroriste à Télemly. Il était secondé par le capitaine Djaâfar chargé d'éditer les communiqués et de les transmettre aux journalistes ".
" Chebouti, fondateur du MIA, circulait dans une voiture des services, une R9 couleur crème ".
Pourquoi la création du GIA ? " Afin de justifier les assassinats qu'ils commettaient pour se débarrasser notamment de certains officiers, comme le colonel Salah, le commandant Boumerdès Farouk dit Rabah, le commandant Djaber, le commandant Hicham (assassiné à Blida)... Les assassinats de plusieurs officiers restent inexpliqués ".
" Le GIA a été créé pour servir des desseins, mais ses créateurs ont vite été débordés par d'autres groupes islamiques armés. C'est pour cela que nous utilisions l'appellation "des GIA" ".
Intervention téléphonique pendant l'émission du capitaine Ahmed Chouchène, accusé de tentative d'insurrection en mars 1992
" J'ai été kidnappé le 3 mars de la caserne. Mais, lorsque cela a été découvert, ils ont dû me présenter devant le tribunal militaire de Béchar et me condamner à 3 années de prison ".
" En novembre 1994, une tentative d'insurrection a été provoquée dans la prison de Berrouaghia. Un groupe d'intervention rapide (GIR) numéro 80 de la gendarmerie nationale a tiré et blessé 1200 prisonniers. Par la suite, un autre groupe de la gendarmerie, je répète, un autre groupe cagoulé, est entré pour décapiter 51 parmi les 1200 prisonniers et les brûler. Les corps ont été enterrés dans une fosse commune dans un champ d'exécution de la prison de Berrouaghia. Si des gens ont le courage d'aller vérifier, les corps y sont toujours ".
Le colonel Semraoui ajoute : " A sa sortie de prison en 1995, le général Kamel Abderrahmane, patron de la DCSA (Direction Centrale de la Sécurité des Armées), avait demandé à Chouchène d'être l'adjoint de Djamel Zitouni l'émir du GIA ".
Missions spéciales
" En 1995, le général Smaïn est venu à Cologne en compagnie du général Hacène Beldjelti dit Abderrezak (cet unique général issu du sud algérien était chargé de la sécurité à la présidence de la République sous la présidence de Liamine Zeroual - ndlr) et plusieurs autres officiers dont les commandants Merabet Omar et Benguedda Ali, et le colonel Benabdellah (un homme d'action). Ils voulaient assassiner des responsables du FIS comme Abdelbaki Sahraoui et Rabah Kébir. Je me suis opposé à ces opérations ".
" Le colonel Benabdellah Mohamed m'a avoué avoir commis des massacres dans la région de Blida ".
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Re: Moh Samraoui, l’ex-officier qui fait toujours peur ?

Messagepar temoindz » 03 Sep 2008, 18:07

l’ex-colonel Mohammed Samraoui arrêté en Espagne sur demande d'Alger

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Alger veut récupérer un colonel dissident réfugié en Europe

C’est le plus haut gradé dissident de l’armée algérienne et Alger rêve déjà de le récupérer. Exilé en Europe, l’ex-colonel Mohammed Samraoui, 54 ans, a été arrêté lundi en Espagne à la suite d’un mandat d’arrêt international lancé par Interpol et l’Algérie, indifférente à son statut de réfugié politique en Allemagne, réclame son extradition. Mohammed Samraoui, numéro 2 de la direction du contre-espionnage algérien de mars 1990 à juillet 1992, est l’une des bêtes noires du régime algérien. Il fut -et reste- le premier et seul officier supérieur de son pays à témoigner à visage découvert sur les manipulations et les exactions du haut commandement militaire pendant la sale guerre de la décennie 90.

C’était en juillet 2002 à Paris. Une cour de justice française examinait la plainte en diffamation déposée par le général Khaled Nezzar, ex-homme fort d’Alger, contre Habib Souaïdia, un jeune lieutenant lui aussi dissident. A la barre des témoins, Mohammed Samraoui. Précis, calme, cet ingénieur en biochimie, engagé dans l'armée et recruté par la Sécurité militaire, la toute puissante police politique du régime, fera soudain pénétrer l’audience au coeur des ténèbres du pouvoir algérien. Fixant le général Nezzar, il avait expliqué: "Notre mission était de casser le FIS, l'infiltrer, le disloquer, créer des faux groupes islamistes et leur attribuer des actions violentes. Le GIA (Groupes islamiques armés, ndlr) est une création des services de sécurité algériens." Sonné, le général Nezzar s’était levé: "Tout à fait d'accord avec Samraoui. Les infiltrations et les coups de Jarnac, c'est partout." Samraoui n’avait pas lâché prise: "Mais les assassinats quand même, mon général..." Nezzar avait alors tenté: "15000 disparus, passons. Mais dire que le GIA est une émanation des services, là, ça va trop loin..."

Et le procès avait basculé: l’ex-colonel Samraoui venait de donner corps à une guerre de l’ombre plus complexe que la veulent les analyses opposant "militaires républicains" et "fanatiques islamistes".

Un an plus tard, il détaillera dans un livre publié aux Editions Denoël, "Chronique des années de sang", comment les généraux ont manipulé les Groupes islamiques armés pour asseoir leur pouvoir, puis pour gérer leurs conflits internes. "J’ai participé en 1992 à l'annulation du processus électoral de 1991 et à la lutte contre les réseaux du terrorisme intégriste, parce que j'étais convaincu que l'intégrisme était une menace pour le pays. On pensait "sauver l'Algérie" en luttant contre des gens qui mettaient en cause les fondements de l'Etat républicain, on a été trompés(...). Nos chefs voulaient produire une violence contrôlée et maîtrisable pour justifier a posteriori l'annulation des élections et terroriser la société civile pour la forcer à se ranger derrière l’armée. Cela a abouti au chaos: à cause du cloisonnement, les agents de différents services se faisaient la guerre; il devenait impossible de distinguer entre agents retournés et agents doubles. Sur le terrain, on ne savait plus qui était qui."

Dès 1992, Samraoui manifeste son désaccord avec la manière dont la lutte antiterroriste est menée. En septembre, il est muté à l'ambassade d'Algérie en Allemagne, où il est responsable de la Sécurité militaire jusqu'à sa désertion en février 1996. "La goutte qui a fait déborder le vase, c'est quand le général Smaïl Lamari (le numéro 2 des services secrets, récemment décédé, ndlr) m'a demandé à Bonn d'organiser la liquidation de deux islamistes algériens réfugiés en Allemagne. Il voulait, disait-il, "clouer le bec à ces salauds qui mettent l'Algérie à feu et à sang et nous empêchent d'obtenir plus de soutien international". Je lui ai répondu que l'Allemagne n'était pas la France et que, en cas de pépin, il ne trouverait ni Pasqua ni Pandraud pour nous aider. Quelques mois plus tard, je désertais."

Depuis, Samraoui réside en Allemagne. Passionné d’échec –il préside une fédération- c’est en plein milieu d’un tournoi qu’il a été arrêté à Madrid. Au moment où les autorités algériennes mises sur la sellette par le Comité des droits de l’homme de l’ONU à Genève, semblent décidées à faire taire leurs opposants à l’étranger. Alger vient ainsi d’annoncer le jugement d’un chef islamiste Hassan Hattab et de "cinq autres terroristes". Parmi eux: Rachid Mesli, un avocat algérien réfugié en Suisse et très actif dans la défense des droits de l’homme.
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Re: Moh Samraoui, l’ex-officier qui fait toujours peur ?

Messagepar auressi » 04 Sep 2008, 22:50

J'attend avec impatience qu'une importante association d'opposants dénoncent la complicités de l'occident qui soutient le régime en place . Ce jour là je serait de toute les manifs .
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