Obama dans le bourbier israelo-palestinien

Faites nous juste l'économie des longs débats

Obama dans le bourbier israelo-palestinien

Messagepar Djazz » 20 Jan 2009, 07:48

Il aurait sans doute préféré s'en passer. Remettre à plus tard la question palestinienne, ce dossier piégé sur lequel a buté son prédécesseur démocrate, Bill Clinton, et qui a ajouté aux déboires de George Bush au Proche et au Moyen-Orient. Le 24 juillet, étape d'un long parcours de l'Afghanistan à la Grande-Bretagne destiné à lui conférer une stature internationale, Barack Obama s'était rendu dans la ville israélienne de Sderot, à la lisière de Gaza, cible privilégiée des roquettes palestiniennes. C'était l'été. Une trêve était alors en vigueur qui avait réduit considérablement les tirs des milices palestiniennes.

Le candidat démocrate avait visité successivement le poste de police, le "Musée des Qassams" rassemblant des restes de projectiles tombés sur la ville, et réaffirmé le droit d'Israël à se protéger. "Si des missiles tombaient là où dorment mes filles, avait-il ajouté, je ferais tout ce qui est en mon pouvoir pour empêcher cela."

Chicago n'est pas Sderot et l'Illinois n'est pas en guerre avec l'Ontario canadien. La guerre de Gaza, déclenchée à la veille de sa prise de fonctions, a rappelé au prochain président américain qu'un conflit antérieur à la fois au conflit afghan, aux ambitions nucléaires de l'Iran ou à la situation irakienne, attend toujours son règlement.

Après un long silence, Barack Obama a évoqué, le 11 janvier, l'offensive israélienne sur Gaza déclenché (sans doute une coïncidence...) juste avant son investiture, à l'occasion d'un entretien donné à la chaîne américaine ABC. Sans se départir du laconisme adopté sur ce sujet depuis qu'il est en pleine lumière. Sans la moindre critique vis-à-vis d'Israël, alors que le nombre de morts palestiniens dépassait déjà de beaucoup ceux enregistrés lors de précédentes opérations.

Aux Etats-Unis, il est vrai, le débat n'est jamais de savoir si un candidat à l'élection présidentielle, ou un nouveau président, sera ou non un ami d'Israël, mais plutôt s'il se montrera meilleur ami d'Israël que son prédécesseur. En 2006, deux universitaires américains, John Mearsheimer et Stephen Walt, avaient provoqué un déchaînement de critiques en publiant une étude iconoclaste remettant en question l'intérêt pour les Américains des liens stratégiques tissés avec Israël. Cette polémique a témoigné de la puissance comme de la profondeur du consensus qui prévaut à propos de la question israélienne.

Sur ce terrain miné, Barack Obama a contre lui de n'avoir jamais été, au cours de sa longue marche vers le pouvoir, le candidat favori des autorités israéliennes. Ni pendant la primaire démocrate, car Hillary Clinton sénatrice de New York, avait, de loin, leur préférence. Ni pendant le duel avec le républicain John McCain, en dépit de l'ancrage très majoritairement démocrate de la communauté juive américaine. Pendant la campagne électorale, le seul fait qu'il ait eu par le passé comme collègue à l'université de Chicago le professeur Rachid Khalidi, historien de l'identité palestinienne, avait été utilisé contre lui. Sans grand succès.

Jamais évoquée lors des débats télévisés, la question palestinienne ne figurait pas parmi les priorités du candidat démocrate, concentré sur le retrait américain d'Irak, le renforcement de l'engagement en Afghanistan, et le traitement des ambitions nucléaires de l'Iran. Les morts palestiniens de Gaza vont-ils changer cette hiérarchie ? Rien n'est moins sûr. Dans son entretien du 11 janvier à la chaîne ABC, Barack Obama n'a avancé que deux pistes.

Tout d'abord, la constitution d'une "équipe" composée "des meilleurs" spécialistes capables de traduire "immédiatement" l'engagement affiché du nouveau président pour "le processus de paix au Moyen-Orient" sans attendre, comme son prédécesseur, la dernière année de son second mandat. Ensuite, interrogé sur la politique que cette équipe serait chargée d'appliquer, M. Obama s'est montré tout aussi évasif que de coutume : "Quand vous ne regardez pas seulement ce que l'administration Bush, mais également ce que l'administration Clinton a fait, vous avez là l'ébauche d'une approche."

Les deux éléments de la réponse du nouveau président suscitent de nombreuses interrogations. Le New York Times, sous la plume de Roger Cohen, s'interrogeait le 12 janvier sur l'absence de renouvellement qu'impliquerait le retour au premier plan d'anciens "clintoniens". Il faisait référence à l'ancien émissaire Dennis Ross, ou à Martin Indyk, ancien responsable du groupe de pression pro-israélien Aipac et ancien ambassadeur à Tel-Aviv, tout comme Daniel Kurzter, dont le nom est également avancé pour rejoindre l'équipe Obama - il fut il y a peu l'avocat de la "piste" de négociation syrienne, privilégiée en Israël par certains responsables militaires parce que jugée moins complexe que la négociation avec les Palestiniens.

Il en va de même avec James Steinberg, ancien adjoint de Sandy Berger au poste de conseiller à la sécurité nationale et qui, aux dires de la presse américaine, aurait contribué à l'opération de charme du candidat Obama dans les lieux de pouvoir pro-israéliens américains. Tout comme Dan Shapiro, qui travailla lui aussi au Conseil national de sécurité, pendant le second mandat de Bill Clinton. Ces noms, qui demandent encore à être confirmés, disent tout autant l'expérience que recherche Barack Obama sur ce dossier délicat, que l'échec qui sanctionna la quête opiniâtre de Bill Clinton d'un accord de paix entre les Palestiniens et Israël.

A la suite de l'échec des négociations de Camp David, en juillet 2000, imputé par les Etats-Unis et par Israël à l'obstination de Yasser Arafat, l'équipe des conseillers du président américain afficha ouvertement ses divergences. Au travers d'articles et de livres, Aaron Miller et Robert Malley (présenté comme un conseiller écouté du candidat démocrate Barack Obama par ses adversaires pour le discréditer) mirent en cause par la suite l'impartialité théorique des Etats-Unis comme arbitre du conflit. L'envoyé spécial permanent Dennis Ross défendait au contraire le dogme de la faillibilité et de l'irresponsabilité palestinienne. Ce même Dennis Ross a milité activement auprès de l'équipe Obama pour retrouver le poste qu'il monopolisa pendant près d'une décennie. Or la situation sur le terrain a radicalement changé avec un mouvement national palestinien atomisé, un jeu politique israélien discrédité et émietté, et une Cisjordanie totalement mitée par la colonisation.

Même si l'administration de George Bush a agi tardivement en faveur d'un règlement du conflit israélo-palestinien, à travers le processus politique engagé le 27 novembre 2007, lors de la conférence d'Annapolis, le nouveau président succédera au président américain le plus accommodant dans sa relation avec Israël. La sous-traitance de fait à Israël du dossier palestinien fut illustrée par un échange de lettres en avril 2004. Dans ces missives, le premier ministre israélien, Ariel Sharon, avait obtenu des Etats-Unis, pour le prix du retrait de quelques milliers de colons de Gaza, la prise en compte des "principaux centres de population israélienne" en Cisjordanie, soit des dizaines de milliers de colons, comme préalable au tracé d'un éventuel Etat palestinien. Jusque-là, la position américaine, conforme au droit international, avait été de considérer les colonies israéliennes en territoire palestinien occupé comme illégales.

Barack Obama qui a écarté de son entourage les voix les plus critiques vis-à-vis d'Israël dispose près de lui d'un spécialiste, le responsable du Conseil national de sécurité, le général James Jones, émissaire sur place de Condoleezza Rice pendant près d'une année au cours de laquelle il a pu éprouver la rigidité israélienne sur le sujet palestinien. Le nouveau président devra composer avec ce lourd héritage Bush. Avec une secrétaire d'Etat, Hillary Clinton, qui a d'ores et déjà exclu un changement d'attitude américain vis-à-vis du Hamas palestinien, contradictoire avec la volonté de dialogue avec cet ennemi plus stratégique pour les Etats-Unis qu'est l'Iran. Avec un Congrès qui demande chaque année le transfert de l'ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem, la capitale "indivisible et éternelle d'Israël", alors qu'un règlement de paix passera nécessairement par un partage de la ville.

"La politique du chèque en blanc" à Israël est terminée, comme l'a annoncé Martin Indyk. Mais il est peu probable que Barack Obama puisse recourir, comme en leur temps George Bush senior et son secrétaire d'Etat James Backer, au feu nucléaire utilisé en 1991 : le refus d'accorder la garantie du Trésor américain pour des emprunts israéliens. Il s'agissait alors de sanctionner la poursuite de la colonisation après l'ouverture de la conférence de Madrid, tentative diplomatique américaine d'aboutir, après la première guerre du Golfe, à une paix israélo-arabe.

Des coups à prendre. Un allié exigeant et difficile à manoeuvrer. Oui, décidément, Barack Obama ne comptait certainement pas faire du dossier palestinien la priorité de son début de mandat.


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Re: Obama dans le bourbier israelo-palestinien

Messagepar Cell » 20 Jan 2009, 13:32

God shall give you strength, dear Obama. I Have a Prayer !
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Re: Obama dans le bourbier israelo-palestinien

Messagepar dziri » 21 Jan 2009, 14:18

Obama a été élu pricipalement pour trouver des solutions à la crise économique et financière de son pays , pour redonner l'espoir et plus de justice .
Croire qu'il s'occupera de la situation des Palestiniens me semble euphorique.
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Re: Obama dans le bourbier israelo-palestinien

Messagepar Cell » 21 Jan 2009, 20:43

Sans le moindre doute.
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