Salah Bouakouir, traître ou héros ?

Faites nous juste l'économie des longs débats

Salah Bouakouir, traître ou héros ?

Messagepar Djazz » 13 Déc 2010, 07:46

Ancien directeur général des affaires économiques et de l'industrialisation du gouvernement général français en Algérie, durant la guerre d’indépendance, Salah Bouakouir est un personnage controversé. Un «traître» à la cause nationale pour les uns, un «héros» pour les autres. Il est officiellement mort en septembre 1961, noyé par les ultras de l'OAS.
Les anciens du MALG (Ministère de l’armement et des liaisons générales), les services secrets du FLN ( Front de libération national) durant la Révolution, ancêtre du DRS, ont décidé de réhabiliter sa mémoire. C’est au titre de président de l’Association nationale algérienne des Anciens du MALG, que le ministre de l’Intérieur, Daho Ould Kablia, a joint l’acte à l’intention et déclaré la semaine dernière, en marge d’un colloque international organisé à l’hôtel Aurassi d’Alger sur le thème «Enrico Mattei et l’Algérie pendant la guerre de libération nationale » : « Salah Bouakouir a apporté son concours au MALG et a été assassiné pour cette raison…Il était une source d’informations précieuses pour la MALG en ce qui concerne notamment la politique coloniale en matière d’hydrocarbures ».


A la question de savoir si ces propos sur Salah Bouakouir équivalaient réhabilitation, M. Ould Kablia a été clair : « Effectivement ! La position du MALG est officielle : Salah Bouakouir a apporté son concours au MALG et il a été assassiné pour cette raison. »


Le ministre ira jusqu’à établir un parallèle entre la mort mystérieuse d'Enrico Mattei, en octobre 1962, dans un crash d'avion, et celle non mois mystérieuse de Salah Bouakouir, en septembre 1961, par « noyade », laissant entendre que ces deux hommes avaient été assassinés par « les services spéciaux français pour leur apport précieux dans le dossier des hydrocarbures, lors des négociations d'Evian qui ont abouti à l'indépendance de l'Algérie ».

Certains autres anciens officiers du MALG interrogé à la même occasion par l’APS avaient confirmé les propos du ministre de l’Intérieur. L’un d’eux, M. Djaâfar Skenazen, a confirmé à la même source l'apport de Salah Bouakouir à la Révolution en expliquant qu’« à partir de sa position de responsable au sein du gouvernement français en Algérie, il transmettait des copies de dossiers en sa possession au GPRA », citant à ce sujet « le dossier relatif au plan de Constantine », en plus « des informations qu'il faisait parvenir aux dirigeants de la Révolution sur la politique française dans le domaine des hydrocarbures ». «C’est ce qui lui a valu d'être assassiné par vengeance », a encore ajouté M. Skenazen. Pour sa part, M. Ali Chérif Déroua, autre officier du MALG, a déclare que Salah Bouakouir a rencontré en 1959 à New Delhi, en Inde, le premier président du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA), M. Ferhat Abbas. A partir de cette rencontre, « Bouakouir s’était mis à la disposition et au service du GPRA et de la Révolution», a déclaré M. Déroua en insistant : « Je confirme que Salah Bouakouir a aidé la Révolution algérienne à partir de 1959 ».

Ce n’était point l’avis du président Mohamed Boudiaf qui aurait, lui, connu personnellement Salah Bouakouir dans d’autres conditions et qui, à ses dires, s’en rappelle comme d’un «traître» à la nation. C’est ainsi que, longeant l’ex-boulevard du Télemly, sur les hauteurs d’Alger, au printemps 1992, Boudiaf eut la désagréable surprise de constater que la célèbre artère portait le nom de Salah Bouakouir. Il a illico procédé à sa débaptisation en lui donnant le nom de Krim **, une autre réhabilitation pour un dirigeant historique de la révolution, banni, lui, par le régime de Boumediene.

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Re: Salah Bouakouir, traître ou héros ?

Messagepar Djazz » 13 Déc 2010, 07:49

Nacer Boudiaf répond à M.Daho Ould Kablia

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"Si nous venons de mourir, défendez nos mémoires"

DIDOUCHE Mourad.



M. Nacer Boudiaf, fils de feu le Président assassiné en 1992, nous a fait parvenir cette lettre adressée au ministre de l’Intérieur, M. Dahou Ould Kablia, à propos de la décision de réhabiliter Salah Bouakouir dix-huit ans après que le regretté Mohamed Boudiaf ait pris l’initiative de débaptiser une avenue de la capitale qui portait son nom.


La réhabilitation de feu Salah Bouakouir m’a interpelé en tant que citoyen. Voilà une personnalité dont le nom avait été donné à l’une des plus prestigieuses artères de la capitale avant que l’arrivée de Boudiaf ne rectifie cet outrage et la débaptise pour lui donner le nom de Krim **, une grande figure de la Révolution du 1er Novembre 1954.

Le fait de débaptiser une rue, est-il un acte anodin en soi ? Interrogeons-nous sur les motivations de l’ex-président assassiné qui laissait entendre à qui voulait bien l’écouter, que Salah Bouakouir, de par les fonctions qu’il occupait, ne pouvait, à la fois, se consacrer à la Révolution et jouir d’un prestigieux poste au sein de l’Administration coloniale.Loin de moi l’idée de polémiquer avec Salah Bouakouir ou avec sa famille. Cependant, si feu Bouakouir était l’auteur de ce que vous lui attribuez comme services rendus à la Révolution, pourquoi alors avoir laissé Mohameed Boudiaf débaptiser l’avenue qui portait son nom, et pourquoi ce silence de dix-huit ans sur une décision dont on comprend, à vous entendre, qu’elle « touche à son honneur » ?

L’honneur, permettez-moi de le souligner, Monsieur Ould Kablia, l’honneur c’est comme du cristal. S’il est ébréché, il n’aura plus jamais le même éclat.

A moins que, ce qui n’étonnerait plus les Algériens, on se préparerait à entrer dans une ère de réhabilitation de quelques personnes au passé douteux, besogne, convenons-en, qui interviendrait en temps propice : n’étant plus à une manipulation près, le peuple a cessé de ressentir la douleur car, voyez-vous, M. Ould Kablia, les grandes douleurs sont toujours muettes.

Vous surprendrai-je si je vous avouerais qu’il n’est plus un outrage qui aurait l’heur de m’étonner, même pas d’apprendre qu’il est proche le temps où l’on débaptiserait le complexe sportif d’Alger qui porte le nom de Boudiaf pour lui donner le nom de Boumaarafi.

C’est au militant que je m’adresse et non à Monsieur le Ministre de l’Intérieur. Nous dire la vérité, c’est l’ultime devoir qui reste à la génération de Novembre.

La vérité.

Respectueusement.

Nacer Boudiaf



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