La vieille femme et le Coran

Spiritualité et méditation dans le respect et la tolérance

La vieille femme et le Coran

Messagepar Yacine » 08 Jan 2013, 21:50

Sagesse Céleste (Traité de Soufisme)
de Cheikh Al 'Alawi (1874, Mostaganem –1934)

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Extrait du Hikam N° 16


Abdallâh Ibn al-Mubarâk racontait l'histoire suivante : "Je partis faire le pèlerinage à la Maison sacrée de Dieu et visiter la tombe de l'Élu, et alors que j'étais sur la route, je vis une silhouette noire qui s'avéra être une vielle femme revêtue d'un froc et d'une mantille, tous deux faits de laine. Je lui dis :

- Que la paix, la miséricorde de Dieu et Ses bénédictions soient sur toi !

- Paix ! Parole d'un Seigneur miséricordieux ! (Coran : 36, 58) répondit-elle.

- Que Dieu te fasse miséricorde ! Que fais-tu en pareil endroit ? questionnais-je.

- Nul ne peut guider celui que Dieu égare (7, 186), répondit-elle.

Je compris qu'elle s'était perdue, et lui demandai:

- Où vas-tu ?

- Gloire à Celui qui a fait voyager de nuit Son serviteur de la mosquée sacrée à la mosquée la plus lointaine (17, 1) !

Je sus alors qu'elle revenait du pèlerinage et se dirigeait vers Jérusalem. Je lui demandai :

- Depuis combien de temps es-tu ici ?

- Trois nuits entières (19, 10).

- Apparemment, tu n'as rien à manger ?

- C'est Lui qui me nourrit et m'abreuve (26, 79).

- Comment fais-tu l'ablution ici ?

- Si vous ne trouvez pas d'eau, alors pratiquez l'ablution sèche avec de la terre pure (5, 6).

- J'ai ici un peu de nourriture ; veux-tu en manger ?

- Puis jeûnez jusqu'au coucher du soleil (2, 187).

- Nous ne sommes pas en Ramadan !

- Celui qui fait une bonne oeuvre de sa propre initiative, qu'il sache que Dieu le sait et qu'il est plein de gratitude (2, 158).

- Mais nous avons le droit de rompre le jeûne lorsque nous sommes en voyage !

- Mais il vaut mieux pour vous jeûner ; peut-être le comprendrez-vous (2, 184) !

- Pourquoi ne parles-tu pas comme moi ?

- L'homme ne profère aucune parole sans qu'il y ait auprès de lui un observateur attentif (50, 18).

- D'où es-tu ?

- Ne t'acharne pas sur ce que tu ne connais pas ; il sera sûrement demandé compte de tout : de l'ouïe, de la vue et du coeur (17, 36).

- J'ai fauté, alors pardonne-moi.

- Aujourd'hui, vous êtes libre de tout reproche, car Dieu vous pardonne (12, 92).

- Veux-tu monter sur ma chamelle afin de rejoindre la caravane ?

- Le moindre bien que vous puissiez accomplir est connu de Dieu (2, 198).

Je la fis monter, mais elle me dit :

- Dis aux croyants de baisser les yeux (24, 30).

Je baissai donc les yeux pour ne pas la voir, mais lorsqu'elle tenta de monter, la chamelle prit peur et son vêtement fut déchiré, ce qui l'amena à dire :

- Quel que soit le malheur qui vous atteint, il est la conséquence de ce que vous avez fait (42, 30).

Je lui dis alors :

- Attends un peu que je la retienne.

- Nous avons fait comprendre cette affaire à Salomon (21, 79), répondit-elle.

Je saisis donc la chamelle et lui dit de monter, ce qu'elle fit, puis elle s'exclama :

- Gloire à Celui qui a mis tout cela à notre service, alors que, de nous-mêmes, nous n'y serions pas parvenus ! Oui, nous nous tournons vers notre Seigneur (43, 13).

Je pris la bride de la chamelle et la fis trotter en poussant des cris, ce qui lui fit dire :

- Sois modeste en ta démarche et baisse la voix (31, 19).

Je marchai donc tout doucement, tout en entonnant des chants, mais elle dit alors :

- Récitez ce que vous pouvez du Coran (73, 20).

- Tu as été bien gratifiée, dis-je alors.

- Seuls ceux qui ont la connaissance se rappellent (3, 7), répondit-elle.

Puis, alors que nous avancions ainsi, je lui demandai :

- Es-tu mariée ?

- Ô vous qui croyez, ne posez pas de questions sur des choses qui vous nuiraient si elles vous étaient dévoilées (5, 101).

Je me tus donc, et nous continuâmes ainsi notre route jusqu'au moment où nous rejoignîmes la caravane ; je lui demandai alors :

- Voici la caravane : que vas-tu faire maintenant ?

- Les richesses et les enfants sont la parure de la vie de ce monde (18, 46), répondit-elle.

Je compris alors qu'elle avait des enfants et lui demandai ce qu'ils faisaient au pèlerinage :

-...et des points de repères ; les hommes se dirigent d'après les étoiles (16, 16).

J'en déduisis qu'ils faisaient office de guide pour les pèlerins et me rendis avec elle auprès des tentes ; je lui dis :

- Voici les tentes, que veux-tu faire ?

- Dieu a choisi Abraham comme ami intime (4, 125) ; Dieu a parlé à Moïse (4, 164) ; Ô Jean, prends le livre avec force (19, 12) ! répondit-elle.

J'appelai alors :

- Eh Abraham ! Eh Moïse ! Eh Jean !

Apparurent alors des jeunes gens aussi resplendissants que la lune. Lorsqu'ils se furent assis, elle dit :

- Envoyez donc l'un d'entre vous à la ville avec la monnaie que voici pour chercher l'aliment le plus pur et vous apporter de quoi vous nourrir. Il devra s'efforcer de se comporter avec douceur (18, 19).

L'un d'eux s'en fut alors acheter à manger, puis revint et plaça la nourriture devant moi. Elle dit alors :

- Mangez et buvez en paix en récompense de ce que vous avez accompli par le passé (69, 24).

M'adressant aux jeunes gens, je dis :

- Je ne toucherai pas à cette nourriture tant que vous ne m'aurez pas dit ce qui est arrivé à cette femme.

- Cette femme que voici est notre mère ; cela fait 40 ans qu'elle ne parle qu'en citant le Coran, de peur de commettre une faute qui ne provoque la colère du Miséricordieux, expliquèrent-ils.


- C'est une grâce de Dieu ; Il la donne à qui Il veut (5, 54), conclus-je."
Yacine
 
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Re: La vieille femme et le Coran

Messagepar YETHA » 09 Jan 2013, 14:57

c'est vraiment une belle histoire...
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