Des réponses ésotériques à l'évolutionnisme

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Des réponses ésotériques à l'évolutionnisme

Messagepar Yacine » 03 Sep 2013, 20:02

Extraites de l'oeuvre de Frithjof Schuon

Cheikh Aïssa Nur-Eddine


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Quelle est la réponse à l'évolutionnisme ?


L'évolutionnisme transformiste n'est que le succédané matérialiste du concept antique de la "matérialisation" solidifiante et segmentante d'une substance primordiale subtile et supra-sensible, dans laquelle étaient préfigurées toutes les possibilités du monde a posteriori matériel ; la réponse à l'évolutionnisme, c'est la doctrine des archétypes et des "idées", celles-ci relevant de l'Intellect divin - et ceux-là de la substance primordiale dans laquelle les archétypes "s'incarnent" par une sorte de réverbération.

[Logique et Transcendance, p. 20-21]


Le meilleur argument contre l'évolutionnisme ?


Si un développement naturel aboutit à une intelligence réflexive, à une prise de conscience qui perçoit le développement en tant que tel, cet aboutissement sera une réalité sortant totalement de l'ordre de cette évolution, si bien qu'il n'y aura plus aucune mesure entre la prise de conscience et le mouvement tout contingent qui l'a précédée, et qui, de ce fait même, ne pouvait en aucun cas être la cause de la conscience dont il s'agit. Cet argument est d'ailleurs la négation même de l'évolutionnisme transformiste, donc de toute notion d'un "homme-chaînon" ou d'un "homme-hasard", et par conséquent, de toute mystique de matière génératrice, de biosphère, de noosphère, de "point oméga".

[Logique et Transcendance, p. 20-21]


Est-il possible que l'homme descende du singe ?


Nous sommes fort loin d'admettre la théorie "bouche-trou" de l'évolutionnisme transformiste. L'homme originel ne fut pas un être simiesque à peine capable de parler et de se tenir droit ; ce fut un être quasi immatériel, enfermé dans une aura encore céleste mais déposée sur la terre[...]. C'est dire que notre conception de l'origine du genre humain se fonde sur la doctrine de la projection des archétypes ab intra ; notre position est donc celle de l'émanationisme classique - dans le sens néoplatonicien ou gnostique du terme - lequel évite l'écueil de l'anthropomorphisme tout en s'accordant avec la conception théologique de la creatio ex nihilo. L'évolutionnisme, lui, est la négation même des archétypes et par conséquent de l'Intellect divin ; c'est donc la négation de toute une dimension du réel, celle de la forme, du statique, de l'immuable ; concrètement parlant, c'est comme si on voulait faire un tissu avec la seule trame, en omettant la chaîne.

[Avoir un centre, p. 52]


Comment faut-il se représenter la création de l'univers et de l'homme ?


Il faudrait donc se représenter la création - ou "les créations"- non comme un transformisme s'effectuant dans la "matière" au sens naïvement empirique de ce mot, mais plutôt comme une élaboration animique, c'est-à-dire un peu comme les productions plus ou moins discontinues de l'imagination ; les images surgissent, dans l'âme, d'une substance informelle, sans liens apparents entre elles ; ce ne sont pas les images qui se transforment, c'est la substance animique qui fait surgir et qui crée.

Que l'homme apparaisse comme l'aboutissement logique, non d'une évolution, certes, mais d'une série d' "ébauches" centrées de plus en plus sur la forme humaine - et dont les singes semblent être des vestiges disparates - ce fait ou cette hypothèse, disons-nous, ne signifie nullement qu'il y ait une commune mesure, donc une sorte de continuité psychologique entre l'homme et les corps anthropomorphes et en quelque sorte "embryonnaires" qui ont pu le précéder. L'avènement de l'homme est une "descente" subite de l'Esprit dans un réceptacle parfait et définitif, parce que conforme à la manifestation de l'Absolu; l'absoluité de l'homme est semblable à celle du point géométrique, qui, à rigoureusement parler, ne saurait être atteint quantitativement à partir de la circonférence.(1)

[Les Stations de la Sagesse, p. 122]


(1) La même chose se répète dans la matrice: dès que le corps est formé, l'âme immortelle s'y fixe subitement comme l'éclair en sorte qu'il y a parfaite discontinuité entre cet être nouveau et les phases embryonnaires qui ont préparé son avènement.


L'évolutionnisme :
Une incapacité de voir les choses autrement qu'en surface plane


L'évolutionnisme, ..., cet enfant le plus typique de l'esprit moderne, n'est qu'une sorte de succédané : c'est la compensation "en surface plane" pour les dimensions manquantes ; parce qu'on ne conçoit plus, et ne veut plus concevoir, les dimensions suprasensibles allant de l'extérieur vers l'intérieur à travers les états "ignés" et "lumineux"(1) jusqu'au Centre divin, on cherche la solution du problème cosmogonique sur le plan sensible et on remplace les vraies causes par des causes imaginaires, et conformes, en apparence du moins, aux possibilités du monde matériel.

On met à la place de la hiérarchie des mondes invisibles, et à la place de l'émanation créatrice, - laquelle ne s'oppose du reste aucunement à l'idée théologique de la creatio ex nihilo, mais en explique au contraire la signification, - l'évolution et le transformisme des espèces, et du même coup le progrès humain, seule réponse possible au besoin de causalité des matérialistes ; ce faisant, on oublie ce qu'est l'homme, et on oublie également qu'une science purement physique, dans la mesure même où elle est vaste, ne peut mener qu'à la catastrophe, soit par la destruction violente soit par la dégénérescence, ce qui aboutit pratiquement au même.

[Forme et Substance dans les religions, p. 63-64]


(1) La chaleur et la lumière symbolisent respectivement les états animique et angélique.


Si les évolutionnistes ont raison :
La vie vaudrait-elle la peine d'être vécue ?


Si les évolutionnistes ont raison, le phénomène humain ne s'explique pas et la vie humaine ne vaut pas la peine d'être vécue. C'est d'ailleurs à ces conclusions qu'ils arrivent en fin de compte, d'où leur axiome de l'absurdité de l'existence ; c'est-à-dire qu'ils attribuent à l'objet, qui leur est inaccessible, l'absurdité du sujet, qu'ils ont choisi de propos délibéré en suivant la pente de l'animalité, non innocente, mais humaine.

[Du Divin à l'humain, p.22-23]


Quelle est la signification de l'existence du singe ?


Le singe...est là pour montrer ce qu'est l'homme et ce qu'il n'est pas, et non certes ce qu'il a été ; loin de pouvoir être une forme virtuelle de l'homme, le singe incarne un désir animal d'être humain, donc un désir d'imitation et d'usurpation ; mais il se trouve comme devant une porte fermée et retombe d'autant plus lourdement dans son animalité, dont il ne recouvre pourtant plus la parfaite innocence, si l'on peut user d'une pareille métaphore ; c'est comme si l'animal, avant la création de l'homme et pour protester contre cette création, avait voulu l'anticiper, ce qui évoque le refus de Lucifer de se prosterner devant Adam, selon le Talmud et le Koran.

[Du Divin à l'humain, p.101]


Si tout a commencé par la matière...


Si tout a commencé par la matière et s'il n'y a pas d'Esprit, donc pas de Dieu, comment s'expliquer que les hommes aient pu croire fermement le contraire pendant des millénaires, et qu'ils aient même déployé un maximum d'intelligence à l'affirmer et un maximum d'héroïsme à le vivre ? On ne saurait invoquer le progrès, car les incroyants de tous genres sont loin d'être supérieurs aux croyants et aux sages, et on ne voit nulle part un passage évolutif de ceux-ci à ceux-là ; les idées matérialistes se sont manifestées et répandues pour ainsi dire sous nos yeux -- dès le "siècle des lumières"-- sans qu'il soit possible de constater là une évolution dans le sens d'une ascension qualitative à la fois intellectuelle et morale, bien au contraire.

[Du Divin à l'humain, p. 17]


Comment les évolutionnistes jugent-ils la religion ?


Ceux qui soutiennent l'argument évolutionniste d'un progrès intellectuel aiment à expliquer les idées religieuses et métaphysiques par des facteurs psychologiques inférieurs, tels que la peur de l'inconnu, l'espoir infantile d'un bonheur perpétuel, l'attachement à une imagerie devenue chère, l'évasion dans les rêves, le désir d'opprimer autrui à bon compte, et caetera; comment ne voit-on pas que de tels soupçons, présentés sans vergogne comme des faits démontrés, comportent des inconséquences et impossibilités psychologiques qui n'échappent à aucun observateur impartial ? Si l'humanité a été stupide pendant des millénaires, on se s'explique pas comment elle a pu cesser de l'être, d'autant que ce fut dans un laps de temps relativement très court ; et on se l'explique d'autant moins quand on observe avec quelle intelligence et quel héroïsme elle a été stupide pendant si longtemps et avec quelle myopie philosophique et quelle décadence morale elle est devenue enfin "lucide" et "adulte"(1).

(1) Un trait caractéristique de "notre temps" est qu'on attache partout "la charrue devant les boeufs": ce qui normalement devrait être le moyen devient la fin, et inversement. Les machines sont censées être là pour les hommes, mais en fait les hommes sont là pour les machines ; alors qu'autrefois les routes étaient là pour les villes, maintenant le villes sont là pour les routes ; au lieu que les mass media soient là pour la "culture", celle-ci est là pour les mass media, et ainsi de suite. Le monde moderne est un enchevêtrement inextricable de roulements que personne ne peut arrêter.
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